© 2017 par Pierrette Martin.

Avoir tendance à tout faire à la dernière minute, quitte à éprouver un stress ou une angoisse très profonde, alors qu'on a bien conscience que la tâche qu'on ne réussit pas à accomplir fait partie de nos obligations ou de nos responsabilités, cela s'appelle la procrastination.

La procrastination consiste à retarder intentionnellement l'accomplissement d'une tâche prévue malgré l'attente de conséquences négatives dans un futur plus ou moins rapproché. Le terme peut désigner l'acte de reporter ou une tendance à reporter, autrement dit, le terme peut désigner un trait de personnalité. La procrastination représente un échec de régulation de soi-même qui se produit en raison d'une priorité accordée à la gestion de l'humeur à court terme, argumentent les psychologues Fuschia Sirois de l'Université Bishop (Sherbrooke, Québec) et Timothy Pychyl de l'Université Carleton (Ottawa, Canada).

Quelles conséquences engendre la procrastination ?

Il a été montré que les personnes qui ont une tendance chronique à procrastiner subissent des conséquences négatives dans une variété de domaines de la vie. Elles auraient tendance à être plus stressées et en moins bonne santé (une partie de ce stress supplémentaire, notamment, serait attribuable aux reproches et critiques que les procrastinateurs s'infligeraient selon une étude menée par Sirois).

Pour Sirois et Pychyl, la procrastination est un échec de régulation de soi-même (autorégulation) qui a beaucoup à voir avec la "réparation de l'humeur à court-terme" et la régulation de l'humeur.

En temps normal...

Chacun d’entre nous met en œuvre une variété de stratégies pour composer avec les tâches aversives et déterminer le meilleur temps pour les accomplir. Et par ailleurs, retarder n'est pas toujours procrastiner (le temps peut aider à parvenir à de meilleures décisions et permettre aux processus de créativité d'opérer…).

Agir dès l'enfance.

Selon le psychologue Walter Mischel de l'université Stanford, qui a mené des expériences dans les années 1960, ce phénomène est principalement dû à un manque d'apprentissage de maîtrise de soi, de ses désirs. Selon lui, et quelques autres universitaires à sa suite, on peut apprendre cela vite et bien, surtout pour les enfants quand les parents sont partie prenante à cet apprentissage.

Quelques études éclairantes :

Le procrastinateur et l'obsession de l'immédiat :

Dans son Traité de caractérologie, René Le Senne détaille le tempérament dit « nerveux » (Émotif, non Actif, Primaire) dont l'activité, bien que souvent forte, n'existe que si l'émotion la sous-tend. Là où l'émotion fait défaut (par exemple notes de frais, rangements de routine...), faute de satisfaction immédiate escomptée, l'activité peut ne plus se manifester. Le Senne appuie ses observations d'un tableau de données chiffrées dont il observe qu'ils « vérifient la connexion entre le raccourcissement du passé, lié à la primarité, et le raccourcissement de l’avenir, limité au prochain », ce qui semble une traduction de l'importance plus grande du présent chez le procrastinateur, que signalent les études précédemment citées. Quelques résultats de "scores" dans ses observations :

• Se soucie de résultats immédiats obtient par exemple un score de 66,7 chez le nerveux, maximal toutes catégories caractérologiques confondues dans son étude (contre une moyenne de 39,5).

• Négliger les travaux imposés : 41,4 pour les nerveux (max.) contre une moyenne de 19,3.

• Ajourner : 81,1 pour les nerveux (max.) contre une moyenne de 46,6

• Facilement découragé : 52,9 pour les nerveux (max.) contre une moyenne de 30,8.

Motivation autodéterminée intuitivement :

La procrastination peut être envisagée comme résultant de mauvaises capacités de gestion du temps. Cependant, la procrastination doit être pensée plutôt comme un « symptôme » qui exprime des difficultés d’un autre ordre. Par exemple, un des premiers déterminants à mettre en lien avec le comportement de procrastination est la motivation. Solomon et Rothblum (1984) ont réalisé une étude dans laquelle ils ont interrogé 342 étudiants états-uniens sur des échelles de procrastination afin d’identifier les causes possibles de ce comportement. Les résultats ont indiqué que la peur de l’échec ou « faible estime de soi » expliquait environ 50 % de la variance. Nous reviendrons plus tard sur ce résultat. Le second facteur qui expliquait le mieux le comportement de procrastination était l’aversion vis-à-vis de la tâche (18 % de variance expliquée), que l’on peut rapprocher à un manque de motivation (pour des résultats similaires avec des étudiants hollandais, voir Schouwenburg, 1992).

La force d’inertie :

La force d’inertie est une résistance opposée au mouvement par un corps, grâce à sa masse. Procrastiner équivaut ni plus ni moins à opposer une résistance au mouvement. Ainsi, selon le principe d’inertie, première des trois lois de Newton, et de manière très schématique, un corps au repos restera au repos, et un corps en mouvement restera en mouvement. Selon le Dr Richard O’Connor, psychothérapeute américain, elle est peut- être même « la forme la plus courante et universelle de comportement autodestructeur ».

La procrastination n’est pas de la paresse :

La procrastination n’a rien à voir avec la paresse. Les personnes qui procrastinent seraient même plutôt actives et bien organisées lorsqu’elles font ce qu’elles aiment faire, ce qu’elles maîtrisent et ce qui a du sens pour elles. Elles font simplement le choix (conscient ou inconscient) d’une action au détriment d’une autre, qu’elles préfèrent reporter à un moment ultérieur.

Quelques conseils :

  • Se décharger de toutes culpabilités,

  • Laisser de côté son perfectionnisme,

  • Se redynamiser,

  • Apprendre à s’organiser, à planifier,

  • Définir ce qui est important de ce qui ne l’est pas,

  • Définir ses objectifs,

  • Faire le ménage dans sa tête et autour de soi,

  • Ne pas dépenser son énergie à mauvais escient,

  • Savoir sauvegarder du temps pour ses propres plaisirs

Les procrastinateurs deviennent avec le temps moins performants, plus stressés et plus malades.

Chez l’enfant :

La procrastination défavorise la réussite scolaire. Tenter d’exercer toute forme de pression sur l’enfant ne lui permettra pas de mieux avancer, par contre lui expliquer qu’un travail régulier provoque de meilleurs résultats.
 

Le procrastineur chronique répond fréquemment par des délais non nécessaires aux tâches qui sont perçues comme difficiles, aversives ou manquant de récompense immédiate. Des études ont montré une relative stabilité de cette tendance sur une période de 10 ans.


La procrastination se soigne grâce aux T. C. C. (thérapies cognitives et comportementales).

La procrastination ou la dernière minute